
Adèle avait parcouru les cinq étages de FARGATE à sa recherche. Décidément, il avait un don pour se volatiliser. Elle se retenait de maudire le téléporteur qui rendait sa tâche bien plus difficile.
Je vais bien finir par l’attraper, se dit-elle. Bingo !
– Félicitations, le nouvel algorithme est opérationnel, entonna Adèle en entrant d’un pas décidé dans la bubble.
– Oui, 2 ans de travail, répondit Anton, d’un ton détaché, bien que surpris par l’irruption motivée de sa collègue.
Très grand et mince, Anton avait pour particularités ses cheveux flamboyants et sa capacité d’abstraction hors norme.
C’était également le seul à considérer son téléphone cellulaire comme une extension de lui-même. CTO de FARGATE, il était le cofondateur et donc le co-inventaire du téléporteur européen. Qu’il utilisait à outrance pour fuir Adèle ou tout ce ne répondait pas à un code binaire.
– Vous avez fêté ça ? interrogea Adèle
– On a fait un déjeuner tous ensemble, répondit Anton. qui commençait à regretter de s’être enfermé dans une bubble.
– D’ailleurs, il faut qu’on parle rémunération. Les attentes vont être fortes. Je souhaite sécuriser les profils clés compte tenu de nos enjeux pour l’année à venir, poursuivit Anton.
« La reconnaissance au travail booste l’engagement et la motivation. »
Adèle, Head of People – FARGATE
– Je comprends tout à fait. Ce que je comprends aussi, c’est que pour toi la reconnaissance passe essentiellement par la rémunération, rétorqua Adèle.
– La reconnaissance au travail passe bien évidemment par les augmentations et les primes. La récompense financière est le moyen le plus efficace de remercier un collaborateur pour des performances inédites. Bon, je dois filer : j’ai la planification du prochain sprint à préparer, conclut Anton en se levant.
– Minute papillon, coupa Adèle les yeux plein de malice.
Anton se figea sur place et poussa un soupir. La conversation allait durer.
– La reconnaissance au travail booste l’engagement et la motivation. Elle renforce la relation de confiance des collaborateurs avec l’entreprise.
– Nous sommes bien d’accord. Je leur ai dit « Bravo » et ils auront des primes, coupa Anton.
– Ça ne suffit pas de dire “Bravo”. La reconnaissance, reprit Adèle, c’est leur faire savoir que leur travail est remarqué et qu’ils vont dans la bonne direction.
« Il faut moduler sa reconnaissance selon l’effort fourni. »
Adèle, Head of People – FARGATE
– Ma direction à moi est par là-bas, répondit Anton en montrant la porte.
– La dernière fois que tu leur as fait un retour positif, à quoi cela était-il dû ? demanda Adèle sans prêter attention à la remarque d’Anton.
– Toute l’équipe est restée 2h de plus pour solutionner un bug. Il y avait une démonstration client le lendemain matin.
– Comment leur as-tu fait part de ta satisfaction ?
– J’ai remercié tout le monde et la semaine suivante, on a fait un déjeuner d’équipe.
– Donc à peu près de la même manière qu’aujourd’hui ?
– Je suis quelqu’un de constant, rétorqua Anton.
– Tu ne penses pas qu’il est important de moduler sa gratitude en fonction du travail et des efforts fournis. Et d’aller vers quelque chose de plus individuel !
– Je me rassieds car je sens que ça va durer un peu. Tu oublies les futures primes…, soupira Anton.
– Je parle de la reconnaissance non-monétaire. Ils ont passé 2 ans sur ce projet. Reconnaître toutes les réussites ou tous les efforts de la même manière, ça minimise le message positif que tu souhaites leur envoyer. Cela peut même avoir l’effet inverse et les démotiver.
– Tu as une autre suggestion, je présume ? demanda Anton contraint
– Être félicité, ça fait plaisir mais cela n’apporte rien. Au contraire d’un feed-back précis et individuel qui va souligner ce que tu reconnais et pourquoi.
🎯 Donner un feed-back précis et individuel :
✏️ Le « Quoi » : le feed-back détaille l’action / le fait particulier que l’on veut valoriser.
✏️ Le « Pourquoi » : préciser en quoi cela a eu un impact positif.
✏️ Le « Ton » : avec simplicité et sincérité.
✏️ Le « Moment » : quasi immédiatement après la réussite.
– Je vais l’intégrer dans mes prochains entretiens semestriels, indiqua Anton.
– Communiquer sa reconnaissance envers un collaborateur, ça implique de la spontanéité. Il faut le faire quasi immédiatement, sans attendre l’occasion d’un entretien individuel, et de ne parler que de ça. Tu auras bien plus d’impact.
– Je vais préparer des mails individuels. Quoi encore ?
« Faire preuve de reconnaissance permet d’ouvrir un dialogue. »
Adèle, Head of People – FARGATE
– C’est bien aussi de les écouter et de recueillir leur feedback. C’est la partie sympa du management en fin de compte.
– Prépare les fichiers, ça va les inciter à demander des contreparties salariales encore plus élevées, souligna Anton.
– Je prends le pari que non, conclut Adèle.
Enfin sorti de la bubble, Anton ouvrit une nouvelle note dans son smartphone et inscrivit ce qu’il retenait de sa conversation avec Adèle :
Comment reconnaître le travail de ses collaborateurs :
